septembre 2017

Joëlle Esculier, Head of France, Perrelet

Cut and Thrust

Laurent, tu as coutume de dire qu’environ 10% des pièces que l’on vient te présenter démontrent un réel intérêt pour Chronopassion. Quel fut l’élément déclencheur chez Perrelet ? 

 
Laurent Picciotto :
La Manga érotique (rires) !
 

C’est tout ?

 
Laurent Picciotto :
Sur la pure forme, oui, mais il ne faut pas s’arrêter à ce seul niveau de lecture. Perrelet, c’est une marque que je regardais depuis un certain temps, mais elle ne m’avait pas encore procuré une réelle émotion. Je trouvais la Turbine intéressante mais il y avait pour moi le sentiment persistant d’une idée qui n’a pas été menée à son terme. Lorsque j’ai vu la Manga, j’ai senti que la marque se dirigeait vers une approche plus ludique et ça m’a plu. Au-delà du design, cela dénotait une audace peu courante, surtout que la pièce est représentée par une femme, Joëlle, ce qui n’est malheureusement pas si courant non plus. Cette audace s’est d’ailleurs confirmée avec la Paranoïa.
 

C’est une orientation qui était pensée dès le début ? 

 
Joëlle Esculier :
Oui. Malgré son histoire, la marque est jeune, dynamique, nos designers explorent en permanence de nombreuses pistes. Lorsqu’ils ont trouvé les mangas, tout le monde a trouvé l’orientation risquée, mais que cela correspondait bien au positionnement de la marque et  cela s’inscrivait dans la tradition horlogère des montres érotiques. D’ailleurs, même si cela ne correspondait pas à l’approche d’un magasin comme Chronopassion, lorsque j’en ai parlé à Laurent, j’ai vu une lumière s’allumer. J’ai su que nous étions effectivement sur la bonne voie.
 

Laurent, côté client, ce fut plutôt un pas en avant ou deux pas en arrière ? 

 
Laurent Picciotto :
Déjà, pour mon équipe, 100% féminine, ce fut deux pas en arrière (rires) ! Côté client, ce fut un exercice difficile. De prime abord, il est quasi impossible de savoir si l’on va amuser ou froisser un client. On peut complètement tomber à côté. C’est donc une démarche commerciale qui présente un certain risque, même si c’est quelque chose auquel nous sommes habitués.
 
Joëlle Esculier :
Moins pour moi, je l’avoue, car je connais personnellement la totalité de mes clients !
 

Le client final, justement, quel profil a-t-il ? 

 
Laurent Picciotto:
De ce que l’on voit, pour la plupart, ce sont des collectionneurs à la recherche de quelque chose de nouveau, de ludique. Des personnes avec un parcours initiatique horloger déjà bien abouti et qui penchent principalement pour la Turbine.
 
Joëlle Esculier :
J’ai exactement le même constat que toi. Sur les salons, c’est flagrant. Lorsqu’une personne s’arrête pour essayer un modèle sur notre stand, elle retire donc sa propre pièce pour passer la nôtre. Et à cet instant, on voit que la pièce qu’ils posent sur la table est en générale de haute volée…
 

Cette approche effrontée ne risque-t-elle pas d’enfermer la marque ? 

 
Joëlle Esculier :
Je ne pense pas, car comme disait Laurent, il faut surtout le voir comme une marque d’audace et ça, c’est vraiment notre culture. En parallèle, il ne faut pas cacher que cela nous a fait un ‘buzz’ très important, nous sommes entrés dans de nombreux esprits et dans de nombreux magazines par cette série. Encore aujourd’hui, quelle que soit la référence qu’ils prennent en main, quand des clients prennent une Perrelet, ils la secouent !
 
Laurent Picciotto :
Pour vous, d’ailleurs, le meilleur moyen de communication n’est pas l’écrit mais la vidéo. Je me souviens que lorsque nous avons posté la vidéo des Mangas sur notre chaîne YouTube, ce fut notre plus gros hit. On a d’ailleurs reproduit la même approche, physiquement, en mettant en boutique une vitrine dynamique qui fait ‘sursauter’ la pièce toutes les 20 secondes, de manière à animer la turbine. 99% des clients lèvent alors la tête pour voir ce qui se passe !
 

Est-ce que cette série limitée a changé le positionnement de la marque ? 

 
Joëlle Esculier:
Oui, en un sens, elle a profondément marqué les gens qui l’ont vue.
 
Laurent Picciotto :
Moi le premier ! Nous avions en effet dit que nous ne ferions que des Turbines. J’ai changé d’avis. Nous allons à présent avoir des chronographes squelettes. C’est en cohérence avec l’esprit de la marque. On est parti d’un objet ludique et l’on va aujourd’hui vers une pièce plus technique.
 
Joëlle Esculier :
Pour nous, c’est un stade de maturité. Nous ouvrons une tendance plus sportive dans nos gammes, en même temps que nous nous ouvrons à l’international.
 

Ce développement n’est-il pas gênant pour une enseigne comme Chronopassion, davantage positionnée sur les marques rares et confidentielles ? 

 
Laurent Picciotto :
La confidentialité n’est pas une quête en soi, c’est une conséquence de nos choix. Il se trouve que j’aime les pièces compliquée et chères, ce ne quand même pas de ma faute si cela nous renvoie toujours à des marques confidentielles (rires) ! Plus sérieusement, je choisis mes marques en fonction d’un ensemble de critères, dont la confidentialité ne fait pas partie.
 

Malgré votre collaboration encore jeune, quel avenir entrevoyez-vous ? 

 
Laurent Picciotto :
Pour ma part, je suis confiant. La marque n’est pas indépendante, elle est adossée à un grand groupe, ce qui me met en confiance. Qui plus est, je vois régulièrement arriver des nouveautés, en cohérence avec son positionnement, ce qui est de fort bon augure.
 
Joëlle Esculier :
Je suis dans le même esprit envers Laurent. Nous entretenons une relation réellement qualitative et, surtout, de long terme. Nous travaillons ensemble depuis près de 15 ans, alors que j’étais encore chez Leroy. Devenue Directrice France de Perrelet, j’ai particulièrement veillé à rester à l’écoute de gens comme lui qui sont nos véritables partenaires. Chaque remarque est prise en compte, chaque email est personnellement suivi. Et lorsque l’on atteint ce degré de connaissance et de confiance mutuelle, c’est porteur d’ambitions de long terme.
 
Journaliste : Olivier Müller ( 03/2103)