juillet 2017
juin 2017

Jacky Epitaux, co-fondateur de Rudis Sylva

Cut and Thrust

Qu’est-ce qui rapproche Jacky Epitaux de Laurent Piccciotto ? 

 
Laurent Picciotto :
Tellement peu de choses en apparence que nous étions finalement faits l’un pour l’autre (rires) !
 
Jacky Epitaux :
C’est vrai que tu ne t’es pas laissé approcher facilement, il m’a fallu deux ou trois ans pour te convaincre du bien-fondé de notre démarche…
 
Laurent Picciotto :
J’avoue que deux à trois ans ont bien été nécessaires pour comprendre ta démarche. Elle est technique, personnelle et se fonde sur des valeurs patrimoniales qu’il faut bien saisir pour appréhender l’Oscillateur Harmonieux. A ma décharge, nous nous sommes vus les premières fois à Baselworld, lieu de loin le plus inapproprié pour entendre ton discours sur la valorisation des métiers artisanaux des Franches-Montagnes ! Au final, c’est peut-être cela qui m’a séduit, une pièce qui ne se livre et découvre que si l’on lui accorde le temps qu’elle requiert…
 

Jacky, pourquoi ne pas avoir fait d’emblée une pièce plus accessible, pour introduire la marque de manière plus abordable ? 

 
Jacky Epitaux :
Je ne voulais pas faire dans le spectaculaire tout de suite. Je suis né dans l’horlogerie, pas dans le design. Ce qui m’importe, c’est davantage de valoriser nos métiers, nos compétences, celles qui ont toujours fait la singularité de notre région. Je ne travaille qu’avec des artisans locaux. Ils sont réputés dans le monde entier pour leur savoir-faire mais ce ne sont pas des gens qui œuvrent dans le sensationnel, le spectaculaire.
 

Rudis Sylva est-elle un cas à part ? 

 
Laurent Picciotto :
Ce sont effectivement des cas assez à part. Il y aurait éventuellement Greubel Forsey à qui l’on pourrait les comparer. C’est une démarche très personnelle dans les deux cas, celle de leurs fondateurs, en somme.
 
Jacky Epitaux :
Le design est une chose, l’esprit en est une autre. Esthétiquement et techniquement parlant, nous avons un parti pris très fort, mais il y a effectivement des marques qui sont d’apparence très différentes mais qui partagent ce même esprit d’authenticité. Greubel Forsey pourrait effectivement en faire partie. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas envie de jouer à l’apprenti sorcier. Mon objectif, c’est de valoriser les compétences horlogères de notre région jurassienne. Rudis Sylva, c’est un hymne aux sédentaires.
 

Avec peut-être à la clé la contradiction commerciale qui voudrait que tu présentes des nouveautés plus régulièrement, pour continuer à capter l’attention des clients…

 
Laurent Picciotto :
De mon point de vue, en tout cas, cela peut presque devenir une sorte d’argument, au contraire. Ca n’a pas de sens, sur des pièces aussi complexes et qui ne misent que sur l’authenticité, de revenir tous les ans avec une nouveauté. Cette approche, ce serait celle qui consisterait à conquérir de nouveaux clients, à échéance régulière. Nous ne sommes pas dans cette optique avec Rudis Sylva.
 
Jacky Epitaux :
Nous sommes dans un monde qui s’épuise…
 
Laurent Picciotto :
Sans compter que l’introduction régulière de nouveaux modèles rend plus rapidement obsolète les anciennes collections.
 
Jacky Epitaux :
J’ai la conviction que la vérité finira toujours par triompher !
 

La clientèle Chronopassion demande la même mise en perspective de la pièce pour être appréciée ? 

 
Laurent Picciotto:
Oui. Ma clientèle est souvent plus ‘grunge’ que ‘rurale’ ! Elle saisit l’importance des métiers artisanaux dans la réalisation d’une pièce de ce niveau mais demande malgré tout un recadrage sur les métiers d’art qui se sont penchés dessus.
 
Jacky Epitaux :
L’approche technique de l’Oscillateur Harmonieux corse le tout. Nous avons pris le parti de cranter un balancier, c’est contraire à tout ce que l’on avait pu voir en horlogerie jusqu’à présent ! Mais après quatre ans de développements, nous étions largement en mesure de démontrer la valeur ajoutée de l’invention. Nous parvenons aujourd’hui à des niveaux de précision en position verticale qui dépassent sans difficulté ceux du tourbillon.
 

Avec de telles avancées à l’actif de Rudis Sylva, il aurait pu être intéressant de développer un marketing et une communication à même de soutenir la notoriété de l’Oscillateur et, incidemment, le travail d’un partenaire commercial comme Chronopassion…

 
Jacky Epitaux :
C’est vrai… J’aime à croire que nous serons reconnus à grande échelle pour nos compétences horlogères et non le choix du visuel de notre dernière publicité !
 
Laurent Picciotto :
La nouvelle version de ta pièce va dans le bon sens. Toujours aussi technique, elle laisse un peu plus apparaître son mouvement et ajoute ainsi une dimension  spectaculaire à son esthétique qu’elle n’avait pas avant. Pour le client final, la pièce est inchangée mais il peut enfin apercevoir, avant même de comprendre ce qu’il a entre les mains, qu’il a à faire à quelque chose de haut vol.
 

Jacky, ce rythme que tu as imprimé à ta marque dès son lancement, avec le recul, tu estimes que c’était une bonne chose ? 

 
Jacky Epitaux :
J’ai foi dans mon rythme de production, oui. Eventuellement, s’il fallait revoir quelque chose, ce seraient les investissements consentis avant production de la toute première pièce. J’ai énormément misé sur le développement des process et des outils de production, avant même d’avoir la n° 001 en main. Mais aujourd’hui, ces investissements sont valorisés au mieux de leur capacité eu égard à la demande que nous rencontrons.