juin 2017
mai 2017
avril 2017

Richard Mille

Cut and Thrust

Est-il encore nécessaire de vous présenter ? 

 
Richard Mille :
On ne présente plus Laurent ! (rires)
 
Laurent Picciotto :
Je ne sais pas comment je dois le prendre !
 

Cela semblait affectueux…

 
Richard Mille :
Bien sûr, Laurent le sait. Nous sommes un vieux couple.
 

Vous pouvez tout vous dire, alors ? 

 
Richard Mille :
Presque ! Je peux lui dire que j’aime l’homme, sa philosophie de vie, celle de Chronopassion, celle de ses affaires, sans compromis.
 
Laurent Picciotto :
Personnellement, j’ai également apprécié la période très confidentielle des premières années, les cinq ou six premières. On jouissait d’une totale liberté et la gamme était encore rationnelle. Après…
 
Richard Mille :
Après quoi, Laurent ? Tu peux tout me dire, tu sais ! (rires)
 
Laurent Picciotto :
Après, il y a eu une tendance à l’inflation. Il ya eu beaucoup de modèles, parfois trop. J’ai eu la crainte d’un catalogue pléthorique dont on ne connaît que trop bien les effets sur la lisibilité d’une marque.
 
Richard Mille :
Non coupable, votre honneur ! (rires). Il fallait se développer. OK, je peux consentir une boulimie de création, admettons. Pour autant, j’ai toujours avancé avec prudence. Par exemple, lorsque j’ai ouvert vers le haut avec un tourbillon, j’ai aussi ouvert vers le bas avec des modèles plus accessibles. Je suis obsédé par le fait d’être prisonnier d’une gamme monoproduit, je le reconnais. Alors oui, j’ai développé de multiples modèles, mais avec toujours une cohérence de marque, un ADN commun. 18 modèles « tourbillons masterpieces » dont 10 en séries limitées et 13 de « série ou GT » avec des modèles beaucoup plus stabilisés, c’est un bon ratio.
 

Le positionnement des premières pièces a pu en refroidir plus d’un. La RM01 avec un ticket d’entrée à 176.000 euros, il fallait oser…

 
Laurent Picciotto :
Nous étions à 100% sur le produit. Nous voulions vraiment faire l’exercice jusqu’au bout, repenser le mouvement, sa forme, son usage, etc. Et c’est vrai qu’au final, lorsque l’on a fait le total des investissements faits dans la première RM, on ne s’attendait pas à arriver à une facture si importante.
 
Richard Mille :
Moi, j’étais davantage stressé par la question de la production ! Si le concept fonctionnait, comment allions-nous faire pour honorer toutes les commandes ? (rires)
 

C’est de ce premier choc tarifaire qu’est née l’idée de proposer un modèle plus abordable, aux environs des 30.000 euros ? 

 
Richard Mille :
Oui !
 
Laurent Picciotto :
Non ! (rires partagés). Disons que je n’ai pas adhéré à l’idée de la démocratisation. Je pensais que l’on allait trahir les premiers acquéreurs. Je me suis trompé. RM connaît un succès d’indépendant assez impressionnant. C’est devenu une marque institutionnelle.
 
 

D’ailleurs, une marque institutionnelle se doit d’avoir son propre mouvement maison, non ?

 
Richard Mille :
Je suis très à l’aise avec ce sujet. Je travaille avec les meilleurs. Pour moi, et donc pour mes clients, c’est un gage de qualité. Je suis très heureux de travailler avec Renaud & Papi, Vaucher. Un mouvement maison n’est pas meilleur qu’un autre par le simple fait qu’il est maison. J’ai mon RM37, qui est ‘maison’, et qui est vraiment fantastique tant sur le plan de la performance que sur celui de la finition. Pour les autres, il n’y a que des avantages à travailler avec les plus compétents, peu importe qu’ils soient dans nos murs ou non.
 

Et qui dit sous-traiter le mouvement veut aussi dire sous-traiter les problématiques connexes, notamment l’engorgement…

 
Richard Mille :
Laurent et moi divergeons sur ce point. Ce qui compte, c’est que je donne à la création une importance suffisamment grande pour qu’elle tire tout le monde vers le haut. C’est une spirale vertueuse. Nécessaire. Peu importe si elle doit embouteiller la R&D. Peu importe si l’offre se densifie un peu trop.
 
Laurent Picciotto :
C’est quand même compliqué à gérer…
 
Richard Mille :
Mais il faut s’ouvrir, Laurent ! Il y a un public homme, femme, jeune, vieux, sportif, urbain, etc. Ca fait beaucoup de pièces à créer, même si elles doivent sortir à des cadences aléatoires !
 

Côté détaillant, ça rend la marque peu lisible, peu prévisible, non ? 

 
Laurent Picciotto :
Disons que le fait que les références ne se suivent pas est pour le moins atypique. Mais en horlogerie, la prédictibilité, c’est un fantasme, ça n’existe pas. Il faut donc oser la nouveauté et continuer à chercher son Graal qui se trouve, par définition, dans sa prochaine création. Et puis le client suit, je le vois au quotidien. Il y en a qui en sont presque venus aux mains pour avoir une RM ! C’est la rançon du succès. C’est une pièce de rupture, 100% unique, c’est un bonheur d’aborder un client avec une pièce comme celle-ci !
 
Journaliste : Olivier Müller (11/2012)