octobre 2017

Vincent Perriard, CEO of HYT

Cut and Thrust

Laurent Picciotto, te revoilà lancé dans l’aventure d’une jeune marque avec un jeune CEO… Un pari risqué ?

 
LP :
Aah, ça, avec Vincent, il y a toujours une part de risque et d’inconnu ! (rires). Mais aujourd’hui, plus sérieusement, l’homme est mur, stable. On a connu un Vincent très impulsif, c’est aussi ce qui fait la force de son caractère, avec des prises de positions fortes mais toujours assumées. Avec HYT, on a atteint un degré de maturité certain. Une démarche réfléchie, un business plan en béton, une pièce de rupture.
 
VP :
Ah non, tu ne vas pas non plus faire de moi un vieux sage ou un vieux singe ! (rires). OK, j’ai pas mal bougé par le passé. Les grands groupes me contrariaient profondément. J’ai eu la chance de diriger de belles marques, avec des personnes brillantes. Mais quand je n’avais pas la possibilité de déployer le plan de développement que je préconisais, parce qu’on ne m’en laissait pas les moyens, je n’avais pas d’autres choix de partir, fut-ce un peu bruyamment, je l’avoue…
 

Donc, au final, tu reconnais quand même des erreurs !

 
VP :
Evidemment !
 

Par exemple ? 

 
VP :
D’avoir voulu aller trop vite. D’avoir voulu ouvrir trop de points de vente.
 

Justement, parlons-en : pourquoi Chronopassion ? 

 
VP :
Quand tu démarres un projet de cette ampleur, à partir d’une feuille 100% blanche, il faut pouvoir échanger du projet en toute confidentialité auprès d’experts de haut vol, de gens qui vont te dire en toute franchise « Tu vas dans le mur, il faut reprendre de zéro », ou bien « C’est un bon début, ça me plaît, allons plus loin, ensemble ». Les personnes qui composent ce cercle restreint, tu les comptes sur les doigts d’une main. Laurent en fait partie. Tout est dit.
 
LP :
(Laurent prend plusieurs secondes de réflexion). Ton projet, Vincent, je n’ai pas été enthousiaste dès le début, il faut le dire. Le concept ‘fluido-mécanique’, j’ai aimé, j’en conviens. J’ai même été plutôt émerveillé, je dois l’avouer ! Mais c’est le mouvement qui m’a convaincu. Il est magnifique, très technique, superbe.
 

Mais…

 
LP :
Il y a toujours un ‘mais’, la perfection n’est pas de ce monde ! (rires). Personnellement, avec le fluide, j’aurais plus donné une fonction, pas une indication. Il y a tant de pistes ludiques à exploiter… Jouer avec la cinétique…
 
VP :
En tout état de cause, cela reste un produit de rupture, fondamentalement innovant.
 
LP :
Oui, sauf que le produit a été tellement loué et adoubé, notamment par le GPHG, que l’on est plus dans l’horlogerie indépendante et libre que tu voulais. En quelque sorte, tu es devenu mainstream, une sorte de manufacture hype…
 
VP :
HYT, une manufacture ? Quelle idée ! Mon objectif n’est pas de révolutionner l’horlogerie telle qu’elle et aujourd’hui pensée par les manufactures. Mon objectif, moi, c’est de proposer une rupture.
 

Et toi, Laurent, si HYT devient mainstream, qu’elle perd l’attrait de son exclusivité, de sa rupture, tu arrêteras ? 

 
LP :
Non. J’arrête quand une marque a des certitudes. De celles qui leur font faire n’importe quoi…
 

De ton côté, Vincent, tout HYT tient en une seule pièce. Tu n’as pas peur d’être prisonnier du mono-produit ? 

 
VP :
Du tout, ce n’est pas ma manière de penser !
 

Ton point de vue de détaillant, Laurent ? Parce qu’en plus, tu as amplement participé au développement du produit, c’est un peu gênant pour tes confrères de vendre un produit que tu as bercé !

 
LP :
Peut-être, mais ça n’est pas mon problème. Avec Vincent, on est partenaire, depuis le début. On fait du co-branding. Au départ, c’est une histoire d’hommes, de passion.
 

Justement, si Vincent mettait les voiles, ce serait une mauvaise nouvelle ? 

 
LP :
Je le surveille de près ! (rires). Mais oui, plus sérieusement, c’en serait une. Vincent a tellement développé certaines marques par le passé que son départ a précipité leur chute. Mais attention, ce n’est pas un reproche pour toi, Vincent. Tu avais certainement l’idée de pouvoir faire mieux, ailleurs.
 
VP :
Tout à fait. Avant, j’étais salarié. Aujourd’hui, je suis co-fondateur, co-actionnaire. Ca change tout.
 
LP :
La maison tient bien souvent debout grâce au bonhomme qui la dirige…
 
Journaliste : Olivier Müller (11/2012)