juillet 2017
juin 2017

A couteaux tirés : l’interview croisée sans concession de Jean-Claude Biver, Président de Hublot

Cut and Thrust

 

Hublot, Chronopassion, c’est avant tout une histoire de... ?

Jean-Claude Biver : D’atomes ! C’est comme en chimie ; Il y en a qui crochent et d’autres qui ne crochent pas. Avec Laurent, on s’entend naturellement, sans forcer.

Laurent Picciotto : On travaille tous les deux de la même manière : du sens commercial et marketing, assurément, mais aussi et surtout de l’intuition.

C’est ce qui vous a permis d’aller si vite ?

Jean-Claude Biver (trépignant) : La vitesse, la vitesse ! En école, on apprend aux étudiants le time-to-market. Ca, c’est la faculté de proposer le bon produit au bon moment, même s’ils doivent comporter de longs cycles de production. La vitesse, c’est autre chose. La vitesse, c’est être capable de prendre des décisions rapides, de couper courts aux réunions inutiles, de passer de la réflexion à l’action sans de multiples validations intermédiaires.

Laurent Picciotto :Vrai ! Il le dit, il le fait. Lors d’une dernière visite à Nyon, je me déplace pour une réunion de travail prévu pour une heure. Au bout de 30 minutes, Jean-Claude écrase le stylo sur la table, renferme son cahier et clame : « Bon, on a fini ? Il y a autre chose ? ». Je n’avais même pas remis ma veste qu’il était déjà en train d’appeler la production pour voir concrétiser ce que l’on venait de se dire.

Démarrage en trombe, mais démarrage planifié, malgré tout ?

Laurent Picciotto : Un démarrage à la Biver, en tout cas !

Jean-Claude Biver :Comment ça ? Attention à ce que tu vas dire ! (rires)

Laurent Picciotto : Ce dont je me souviens, c’est surtout d’une première réunion de près de quatre heures au cours de laquelle tu m’as griffonné une vague pyramide sur un bout de papier, en m’expliquant, de bas en haut : « Alors là, tu vois, on va commencer par tel mouvement, ensuite on va travailler sur telle complication, puis attaquer un tourbillon, avant de faire ceci, puis cela, etc. ». Et le pire, c’est que ce business plan prévu sur cinq ans, sur ton coin de table, tu l’as tenu, et en moins de temps que prévu !

Donc s’il fallait le refaire, on le referait ?

Jean-Claude Biver :Bien sûr ! A 64 ans, je suis le « produit » de mes succès, de mes échecs, de mes émotions, de mes doutes, de mes visions  et de mes choix. Je ne changerais rien.

Laurent Picciotto : Bon, OK, au début, Jean-Claude a eu du mal à livrer, mais il faut reconnaître que le succès est arrivé très vite, très fort. C’est aussi ça qui nous a conduit à l’ouverture d’une boutique dédiée, à Paris.

Jean-Claude Biver : La toute première pour nous ! Notre premier flagship store ! Historique !

Vous en parlez comme si c’était il y a 30 ans...

Jean-Claude Biver :C’est vrai, mais quel chemin parcouru !

Laurent Picciotto : Jean-Claude, allons, tu as tout juste 7 ans depuis le ‘relancement’ de la marque. Ce n’est rien, ça devrait tout juste être l’âge de raison !

Jean-Claude Biver : (rires) Tu as raison Laurent, à 7 ans, après tout, même les chiens sont jeunes (rires) !

Au final, que nous réserve le jeune chien Hublot pour l’avenir ?

Jean-Claude Biver : Plein de belles choses ! Mais il faut rester créatif ; sans innovation pas d’avenir ! Il faut également rester réactif et se donner des objectifs ambitieux. Prenez notre business plan 2008-2012 (établis fin 2007) : 5 ans plus tard, tous nos objectifs avaient été tenus, à peu de choses près ! Pour réaliser de fortes progressions, il faut des budgets et des objectifs ambitieux. Et si on les rate de quelques points, cela restera malgré tout encore une progression impressionnante.

Laurent Picciotto :C’est le paradoxe Hublot. Une sorte de magie lunaire. C’est l’inverse de chez certains détaillants. Derrière des postures plus ou moins sérieuses, on trouve parfois des épiceries. Et quand on leur demande la raison derrière une décision donnée, c’est souvent très peu réfléchi. Avec Jean-Claude, c’est l’inverse : on a la feuille de route, les objectifs et tout est tenu à la lettre. Et quand on lui demande pourquoi, c’est parce qu’il le sait. C’est tout.